Au Grand Palais, la rétrospective This Will Not End Well révèle une facette essentielle mais parfois méconnue de l’œuvre de Nan Goldin : son travail cinématographique. Loin d’un accrochage photographique classique, l’exposition se déploie comme une expérience immersive, faite de projections monumentales, de musique et de montage. Ici, l’image ne se fige jamais totalement ; elle circule, respire, s’inscrit dans le temps.
Depuis les années 1980, Nan Goldin conçoit ses photographies comme des séquences narratives. Ses célèbres diaporamas, projetés à l’origine dans des clubs ou des espaces alternatifs, constituent le cœur de cette rétrospective. The Ballad of Sexual Dependency, œuvre fondatrice, en est l’exemple le plus marquant. À travers une succession d’images accompagnées de musique, Goldin documente la vie de ses proches : amours passionnelles, violences, addictions, nuits new-yorkaises et fragilité des corps. Le montage crée un effet cinématographique puissant, où chaque visage semble lutter contre l’oubli.
L’exposition montre à quel point le cinéma, chez Goldin, n’est pas un médium secondaire mais un prolongement naturel de son regard. La musique structure le récit, intensifie l’émotion et inscrit ces vies marginales dans une mémoire collective. Le spectateur n’observe pas à distance : il est plongé dans un flux d’images qui impose sa durée et sa charge affective.
Une œuvre politique sans discours
Si l’intime est au centre du travail de Nan Goldin, il est indissociable d’une dimension politique. Les films présentés abordent frontalement des thèmes longtemps invisibilisés : la crise du sida, les violences conjugales, la marginalisation des personnes LGBTQIA+, la dépendance aux drogues. Plus récemment, son engagement contre l’industrie pharmaceutique et la crise des opioïdes prolonge cette démarche artistique vers une prise de position explicite.
This Will Not End Well met en évidence cette continuité entre art et engagement. Le titre résonne comme une prophétie, mais aussi comme un constat lucide : les luttes que documente Goldin ne connaissent pas de résolution simple. La scénographie du Grand Palais, faite d’obscurité et de projections à grande échelle, accentue cette impression de huis clos émotionnel. Le visiteur est confronté à une œuvre qui refuse la consolation et préfère la vérité brute.
En révélant la puissance cinématographique de Nan Goldin, cette rétrospective montre comment l’image peut devenir un acte de mémoire et de résistance. Regarder ces films, c’est accepter d’être affecté, de partager une histoire collective faite de pertes, d’amour et de survie.

Infos : au Grand Palais (17 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris) du 18 mars au 21 juin 2026, ouvert tous les jours de 10 h 00 à 19 h 30 (avec nocturnes le vendredi jusqu’à 22 h 00) et au prix de 17 € plein tarif (13 € tarif réduit). Attention cette exposition s’adresse à un public averti en raison de contenus sensibles.
Photos : timeout.com et exposition-paris.info











